{"id":208,"date":"2010-01-27T21:00:43","date_gmt":"2010-01-27T20:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/armanami.org\/blog\/?page_id=208"},"modified":"2015-11-29T11:08:13","modified_gmt":"2015-11-29T10:08:13","slug":"les-aroumains-plus-grecs-que-les-grecs","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.armanami.org\/blog\/articles-en-francais-english\/les-aroumains-plus-grecs-que-les-grecs\/","title":{"rendered":"Les Aroumains, plus grecs que les Grecs ?"},"content":{"rendered":"<p align=\"left\">Excellent connaisseur de la langue aroumaine et bien familiaris\u00e9 avec l&#8217;abondante bibliographie dans ce domaine, Achille Lazarou pr\u00e9sente dans son livre intitul\u00e9 L&#8217;Aroumain dans ses rapports avec le grec [1] toute une s\u00e9rie de mat\u00e9riaux et d&#8217;analyses \u00e0 propos de l&#8217;influence du grec sur l&#8217;aroumain. Sa contribution est bienvenue dans la mesure o\u00f9 l&#8217;influence grecque a \u00e9t\u00e9 peu \u00e9tudi\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, les chercheurs qui se sont pench\u00e9s sur l&#8217;aroumain ayant \u00e9t\u00e9 intrigu\u00e9s avant tout par le maintien de cette langue romane dans un contexte g\u00e9olinguistique domin\u00e9 par le grec, l&#8217;albanais, le bulgare, le mac\u00e9donien ou le serbe, les langues officielles des Etats balkaniques de nos jours. Avant d&#8217;aborder l&#8217;influence proprement dite du grec sur l&#8217;aroumain \u2013 trait\u00e9e dans le dernier tiers du livre \u2013, l&#8217;auteur se propose d&#8217;\u00e9tablir l&#8217;origine de l&#8217;aroumain, en fait de ses locuteurs. Ceci le conduit \u00e0 des affirmations cat\u00e9goriques plut\u00f4t surprenantes dans un domaine de l&#8217;histoire o\u00f9 les hypoth\u00e8ses et la discussion sont de rigueur, \u00e9tant donn\u00e9 l&#8217;absence de documents fiables sur les Aroumains jusqu&#8217;au Xe si\u00e8cle et leur raret\u00e9 pour la p\u00e9riode qui suit. Parall\u00e8lement, il se prononce sur la nature, la fonction et le statut de la langue aroumaine dans des termes non moins cat\u00e9goriques, ce qui l&#8217;entra\u00eene \u00e0 avancer des conclusions plut\u00f4t insolites dans le domaine auquel il se r\u00e9f\u00e8re, \u00e0 savoir la linguistique.<\/p>\n<p>Sa th\u00e8se est la suivante : \u00abEn conclusion (&#8230;) nous tirons la cons\u00e9quence, \u00e9vidente selon nous, que les Aroumains eux aussi sont de purs Grecs, tout autant que ceux d&#8217;autres r\u00e9gions, et qu&#8217;ils furent bilingues, ou m\u00eame parl\u00e8rent une autre langue \u00e0 cause d&#8217;accidents survenus dans leur nation.\u00bb (P. 103.) Ce qui est troublant avec cette th\u00e8se, en soi contestable comme nous le verrons plus loin, c&#8217;est la coh\u00e9rence de l&#8217;argumentation fournie tout au long du livre d\u00e8s lors qu&#8217;on l&#8217;envisage dans le contexte des r\u00e9centes formes de manifestation du nationalisme grec et des prises de position de la classe politique grecque dans ce domaine. A bien des \u00e9gards, dans ce livre, th\u00e8se de doctorat \u00e0 l&#8217;origine, paru il y a huit ans, Achille Lazarou fait oeuvre de pionnier puisqu&#8217;il anticipe, inspire et justifie certains th\u00e8mes forts et arguments nationalistes v\u00e9hicul\u00e9s de nos jours en Gr\u00e8ce. Son examen critique nous permettra, par ailleurs, de pr\u00e9senter la \u00abquestion aroumaine\u00bb dans les Balkans. Elle m\u00e9rite, nous semble-t-il, d&#8217;\u00eatre mieux connue.<\/p>\n<p>Les Aroumains : autochtones, c&#8217;est-\u00e0-dire grecs<\/p>\n<p>Il existe traditionnellement deux hypoth\u00e8ses concernant l&#8217;origine des Aroumains de Mac\u00e9doine, Epire et Thessalie, r\u00e9gions dans lesquelles ils vivent jusqu&#8217;\u00e0 nos jours et o\u00f9 ils sont attest\u00e9s \u00e0 partir du Xe si\u00e8cle. Pour certains sp\u00e9cialistes, ils seraient les continuateurs de la population romanis\u00e9e d\u00e8s l&#8217;Antiquit\u00e9 \u2013 la Mac\u00e9doine devient province romaine en 146 av. J.-C. Pour d&#8217;autres, surtout des linguistes, ils proviendraient du nord de ces r\u00e9gions, o\u00f9 ils auraient connu un processus de romanisation similaire \u00e0 celui des habitants de la Dace, province romaine entre 106 et 271 avant de descendre vers le sud, en se d\u00e9tachant ainsi des futurs Roumains. Achille Lazarou adopte la premi\u00e8re hypoth\u00e8se, plus vraisemblable, en effet, m\u00eame si elle n&#8217;est pas confirm\u00e9e par des documents historiques, et qui peut d&#8217;ailleurs \u00eatre combin\u00e9e avec la premi\u00e8re (tant l&#8217;aroumain que le roumain constituent des branches de la romanit\u00e9 orientale, m\u00eame si leurs locuteurs n&#8217;ont pas constitu\u00e9 au long de l&#8217;histoire un bloc homog\u00e8ne). Mais il va plus loin. Apr\u00e8s avoir \u00e9lev\u00e9 au rang d&#8217;\u00e9vidence ce qui ne constitue qu&#8217;une hypoth\u00e8se plausible, il pr\u00e9cise que les Aroumains, \u00e9tant autochtones, ne pouvaient \u00eatre que grecs. A l&#8217;appui de ses dires il cite d\u00e8s l&#8217;Introduction (p. 14 et 15) plusieurs auteurs grecs. \u00ab&#8230; La masse principale des Koutsovalaques [Aroumains] du Pinde [massif montagneux dans le nord de la Gr\u00e8ce] est du point de vue racial grecque.\u00bb (Kolias, 1969.) \u00ab&#8230; Les Koutsovalaques sont des habitants autochtones des r\u00e9gions actuelles depuis les temps les plus anciens, ayant subi \u00e0 un moindre degr\u00e9, en comparaison des autres Grecs, le changement de leur race d\u00fb \u00e0 un m\u00e9lange quelconque&#8230;\u00bb (Katsougiannis, 1964.) En faisant remarquer que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs n&#8217;ont pas approfondi suffisamment le probl\u00e8me, Achille Lazarou se propose de d\u00e9montrer scientifiquement l&#8217;origine purement grecque des Aroumains. Le r\u00e9sultat est douteux. \u00abBien s\u00fbr les savants contemporains ne mettent pas en doute le caract\u00e8re hell\u00e9nique des Epirotes, ni des Mac\u00e9doniens.\u00bb (p. 45), note-t-il \u00e0 propos des d\u00e9buts de l&#8217;administration romaine dans les Balkans. Or, entre une consid\u00e9ration d&#8217;ordre g\u00e9n\u00e9ral tel le \u00abcaract\u00e8re hell\u00e9nique\u00bb et la structure ethnolinguistique effective pendant cette p\u00e9riode en Mac\u00e9doine et en Epire (impossible \u00e0 reconstituer avec exactitude \u00e0 partir des donn\u00e9es disponibles) il y a une distance dont Achille Lazarou ne tient gu\u00e8re compte. Les m\u00eames savants \u00e9voquent aussi la pr\u00e9sence des Thraces en Mac\u00e9doine tandis qu&#8217;Achille Lazarou lui-m\u00eame mentionne l&#8217;existence des tribus illyriennes en Epire lors de l&#8217;arriv\u00e9e des Romains (p. 26-27). Il se contente d&#8217;attirer l&#8217;attention sur le fait que l&#8217;\u00abadoption de la langue latine (&#8230;) n&#8217;est pas signal\u00e9e chez les peuples non d\u00e9velopp\u00e9s (&#8230;) comme les Illyriens et les Thraces\u00bb (p. 44), en omettant de mentionner que les documents de l&#8217;\u00e9poque ne mentionnent pas non plus la romanisation d&#8217;une partie de la population grecque et surtout de rappeler que les sp\u00e9cialistes qui se sont pench\u00e9s sur la question pr\u00e9sentent les Aroumains comme descendants surtout des Thraces et des Illyriens romanis\u00e9s.<\/p>\n<p>En laissant de c\u00f4t\u00e9 les sp\u00e9culations ethno-raciales, on peut consid\u00e9rer que les Aroumains \u00e9taient \u00e0 l&#8217;origine surtout des Grecs. Pour qu&#8217;une telle hypoth\u00e8se ait un sens il faudrait que la notion de \u00abgrecs\u00bb soit pr\u00e9cis\u00e9e \u00e0 son tour. Pour l&#8217;auteur la \u00abnation grecque\u00bb, plusieurs fois \u00e9voqu\u00e9e, constitue cependant une cat\u00e9gorie tr\u00e8s \u00e9lastique ayant travers\u00e9 inchang\u00e9e l&#8217;histoire depuis l&#8217;Antiquit\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 nos jours en passant par les p\u00e9riodes ottomane et byzantine. Sans doute, existe-t-il une continuit\u00e9 grecque, mais elle est moins d&#8217;ordre g\u00e9n\u00e9tique (combien des anc\u00eatres des Grecs de nos jours ne sont-ils slaves, albanais ou turcs?) que d&#8217;ordre linguistique, la langue grecque ayant connu des changements limit\u00e9s pendant sa longue existence. Cette continuit\u00e9 est d&#8217;autant plus remarquable que la pr\u00e9sence grecque sur trois continents pendant des si\u00e8cles n&#8217;a jamais conduit \u00e0 un aggrandissement sensible de l&#8217;espace hell\u00e9nophone. En g\u00e9n\u00e9ral, les Grecs n&#8217;ont pas cherch\u00e9 \u00e0 imposer leur langue tandis que leurs activit\u00e9s commerciales, politiques, administratives ou culturelles n&#8217;ont pas entra\u00een\u00e9 l&#8217;adoption massive de la langue grecque par les populations avec lesquelles ils \u00e9taient en contact \u2013 comme ce fut le cas, par exemple, des langues romanes. En revanche, des secteurs prestigieux des \u00e9lites de ces populations adoptaient fr\u00e9quemment le grec [2].<\/p>\n<p>L&#8217;accent mis par Achille Lazarou sur l&#8217;origine grecque des Aroumains ne peut \u00eatre compris que dans la perspective d&#8217;une th\u00e8se plus globale, \u00e0 savoir leur appartenance tout au long de l&#8217;histoire \u00e0 la \u00abnation hell\u00e9nique\u00bb, malgr\u00e9 l&#8217;\u00abaccident\u00bb provoqu\u00e9 par la pr\u00e9sence romaine dans les Balkans. Cette th\u00e8se, explicitement soutenue \u00e0 plusieurs reprises, est plut\u00f4t politique qu&#8217;historique, la projection r\u00e9trospective, de mani\u00e8re syst\u00e9matique, d&#8217;une notion moderne comme celle de nation et l&#8217;interpr\u00e9tation en termes d&#8217;\u00abaccidents\u00bb des ruptures majeurs survenues au cours du temps \u00e9tant difficile \u00e0 accepter aujourd&#8217;hui d&#8217;un point de vue historique. Comment se fait-il, cependant, que ces \u00abGrecs valaquophones\u00bb, comme les appelle l&#8217;auteur, parlent depuis une vingtaine de si\u00e8cles une langue diff\u00e9rente du grec et se disent eux-m\u00eames aroumains.<\/p>\n<p>L&#8217;aroumain : ni langue ni dialecte&#8230;<\/p>\n<p>Pour \u00e9carter cette objection, de taille, Achille Lazarou avance un double argument : l&#8217;aroumain n&#8217;est pas une langue \u00e0 proprement parler, et les Aroumains sont et ont \u00e9t\u00e9 \u2013 \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, mais pr\u00e9cis\u00e9es \u2013 bilingues. Parmi les linguistes qui ont trait\u00e9 le probl\u00e8me, il y a deux positions sur le statut de l&#8217;aroumain : les uns le consid\u00e8rent comme un dialecte du roumain commun, les autres comme une langue romane \u00e0 part. En effet, la parent\u00e9 structurale entre le roumain et l&#8217;aroumain est frappante, mais les diff\u00e9rences entre les deux sont suffisamment importantes pour emp\u00eacher la communication courante entre leurs locuteurs. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 dans le d\u00e9tail ces positions, Achille Lazarou conclut ainsi : \u00abm\u00eame la caract\u00e9risation de l&#8217;aroumain en tant que dialecte d\u00e9riv\u00e9 du roumain n&#8217;est pas du tout justifi\u00e9e\u00bb, l&#8217;aroumain \u00e9tant \u00abtout simplement, un idiome roman\u00bb (p. 118). Idiome est un terme g\u00e9n\u00e9rique utilis\u00e9 pour d\u00e9signer indistinctement une langue, un dialecte ou un patois. N&#8217;\u00e9tant ni langue ind\u00e9pendante ni (\u00abm\u00eame\u00bb) dialecte, d&#8217;apr\u00e8s Achille Lazarou, l&#8217;aroumain ne peut \u00eatre donc qu&#8217;un patois. Un patois (encore) vivant d&#8217;une langue morte depuis longtemps, le latin.<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9cision d&#8217;\u00e9tablir la qualit\u00e9 de langue ou de dialecte d&#8217;un idiome interviennent n\u00e9cessairement certains crit\u00e8res extralinguistiques. Par exemple, ce ne sont pas les conclusions unanimes des linguistes en Roumanie qui ont d\u00e9cid\u00e9 en derni\u00e8re instance que l&#8217;aroumain est un dialecte. Une telle d\u00e9cision rel\u00e8ve en derni\u00e8re instance des facteurs historiques et des vell\u00e9it\u00e9s politiques qui sous-tendent le discours national roumain. L&#8217;accord ou le d\u00e9saccord des linguistes n&#8217;y est pas pour grand-chose et les plus s\u00e9rieux d&#8217;entre eux reconnaissent n&#8217;avoir pas les crit\u00e8res pertinents pour d\u00e9cider dans ce domaine. En revanche, le fait d&#8217;opposer un idiome \u00e0 une langue et d&#8217;\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie entre les deux est une op\u00e9ration soit pseudolinguistique, dans la mesure ou elle fait abstraction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des connaissances acquises dans cette discipline, soit pr\u00e9linguistique, dans la mesure o\u00f9 elle ignore purement et simplement ces connaissances. Cette op\u00e9ration, qui a une fonction discriminatoire flagrante, s&#8217;appuie sur une conviction na\u00efve (mais pas toujours innocente) tout aussi r\u00e9pandue que non fond\u00e9e, qui nie la qualit\u00e9 de langue aux idiomes dont les locuteurs ne sont pas organis\u00e9s en Etats distincts ou ne sont pas reconnus comme groupes nationaux particuliers dans les Etats o\u00f9 ils vivent. En vertu de ce raisonnement, jusqu&#8217;\u00e0 une date r\u00e9cente, voire parfois encore de nos jours, la majorit\u00e9 des habitants d&#8217;Afrique ou de l&#8217;Am\u00e9rique latine ne parlaient que des patois, tandis qu&#8217;en Europe le basque par exemple ne serait une langue que depuis que les autorit\u00e9s espagnoles et fran\u00e7aises l&#8217;ont reconnue comme telle.<\/p>\n<p>Le bilinguisme des Aroumains est l&#8217;argument le plus fr\u00e9quemment invoqu\u00e9 par l&#8217;auteur : l&#8217;aroumain ne serait qu&#8217;une sorte d&#8217;idiome roman parce que ceux qui le parlent ont utilis\u00e9 et utilisent aussi une langue au sens plein du terme, \u00e0 savoir le grec. Sous l&#8217;occupation romaine, \u00abla langue hell\u00e9nique des Epirotes et des Mac\u00e9doniens fut durement \u00e9prouv\u00e9e, et le bilinguisme s&#8217;imposa; et m\u00eame, de fa\u00e7on \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, la langue latine l&#8217;emporta en quelques endroits\u00bb (p. 47) \u00abLe m\u00eame peuple qui habitait l\u00e0 [dans le Pinde], peu apr\u00e8s que les Romains se sont \u00e9tablis, devint bilingue, mais parlait surtout la langue de ses p\u00e8res comme \u00e9tant la sienne; il resta bilingue par la suite, m\u00eame lorsque la langue latine fut utilis\u00e9e petit \u00e0 petit dans le langage courant. C&#8217;est ce qui nous donne les Valaques\u00bb (p. 47). \u00abLes Aroumains parlant aussi le grec ne sentirent pas le besoin de cultiver le latin vulgaire. Inversement, les Daces [dans la future Roumanie] s&#8217;empar\u00e8rent de la nouvelle langue comme seul moyen d&#8217;expression\u00bb (p. 118). Pendant cette p\u00e9riode \u00able bilinguisme \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral\u00bb, \u00abtr\u00e8s remarqu\u00e9 chez les lettr\u00e9s d&#8217;origine romaine et grecque\u00bb (p. 47). Enfin, l&#8217;auteur fait remarquer, en citant Gyoni, que \u00abtout porte \u00e0 croire que les Valaques doivent avoir \u00e9t\u00e9 bilingues pendant toute leur histoire. Dans ces conditions, il est relativement facile de supposer l&#8217;abandon d&#8217;une langue et l&#8217;adoption d&#8217;une autre\u00bb (p. 81).<\/p>\n<p>Le bilinguisme, tel qu&#8217;il ressort des indications d&#8217;Achille Lazarou, serait donc chez les Aroumains un ph\u00e9nom\u00e8ne historique quasi-continu et, socialement, plut\u00f4t homog\u00e8ne puisque aucune diff\u00e9renciation n&#8217;est signal\u00e9e en ce sens. Enfin, le fait que l&#8217;aroumain ne pouvait jouer que le r\u00f4le de langue maternelle (ou plut\u00f4t de premi\u00e8re langue) dans ce bilinguisme n&#8217;est jamais mentionn\u00e9 non plus. Inutile de s&#8217;attarder sur les raisons pour lesquelles l&#8217;id\u00e9e de la perp\u00e9tuation pendant vingt si\u00e8cles d&#8217;un \u00abpeuple bilingue\u00bb n&#8217;est pas acceptable. Nous nous tiendrons par cons\u00e9quent \u00e0 quelques observations sur la p\u00e9riode \u00e0 partir de laquelle on peut parler de bilinguisme chez les Aroumains et sur les facteurs institutionnels qui ont d\u00e9termin\u00e9 la diff\u00e9rence fonctionnelle, de plus en plus au d\u00e9triment de l&#8217;aroumain, caract\u00e9risant ce bilinguisme.<\/p>\n<p>Le bilinguisme chez les Aroumains  et le d\u00e9clin de leur langue maternelle<\/p>\n<p>Langue officielle de l&#8217;Empire byzantin, le grec va continuer, apr\u00e8s sa chute, \u00e0 remplir des fonctions consid\u00e9rables gr\u00e2ce et \u00e0 travers le \u00abmillet\u00bb chr\u00e9tien mis en place par les Turcs. Dans les limites trac\u00e9es par le pouvoir ottoman, et sous son contr\u00f4le, la langue grecque joue un r\u00f4le h\u00e9g\u00e9monique non seulement sur le plan religieux, parmi les orthodoxes, mais aussi dans les domaines culturel ou commercial. Elle constitue un p\u00f4le d&#8217;attraction, une r\u00e9f\u00e9rence commune et dans certains cas un moyen de communication indispensable pour les populations orthodoxes de l&#8217;Empire. Dans les Balkans, les Aroumains ne font pas exception. Leur langue liturgique est le grec, les artisans, dans leurs d\u00e9placements (o\u00f9 ils sont rarement accompagn\u00e9s par leur famille), les aubergistes et les commer\u00e7ants, petits et grands, r\u00e9pandus dans les Balkans et pr\u00e9sents jusqu&#8217;\u00e0 Vienne, Poznan, Budapest, Brasov ou Bucarest, ont souvent recours au grec. On ne saurait parler de bilinguisme pour l&#8217;ensemble des Aroumains. Les paroissiens aroumains n&#8217;\u00e9taient pas plus bilingues que les Allemands qui \u00e9coutaient la messe en latin ou les Roumains qui la suivaient en slavon. Les Aroumains en contact fr\u00e9quent avec les Grecs et surtout ceux \u00e9tablis \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, qui passent souvent pour des Grecs (terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant, chez les \u00abLatins\u00bb, les orthodoxes de l&#8217;Empire ottoman)[3], ne repr\u00e9sentent qu&#8217;une minorit\u00e9 par rapport aux masses compactes des Aroumains des r\u00e9gions montagneuses de la Mac\u00e9doine ou de l&#8217;Epire, des r\u00e9gions qui constituent des sources d&#8217;immigration permanente jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 60 de ce si\u00e8cle. Si en parlant d&#8217;une langue on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la majorit\u00e9 de ses locuteurs, les Aroumains, pendant la p\u00e9riode ottomane, n&#8217;\u00e9taient pas plus bilingues que les Grecs et les Romains de la basse Antiquit\u00e9 dont seuls les lettr\u00e9s ma\u00eetrisaient le grec et le latin. Le bilinguisme s&#8217;impose progressivement \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me partie du si\u00e8cle dernier, au fur et \u00e0 mesure que les r\u00e9gions traditionnellement habit\u00e9es par les Aroumains entrent dans la composition des nouveaux Etats nationaux. Fond\u00e9 en 1830, l&#8217;Etat grec obtient la Thessalie et le sud de l&#8217;Epire en 1881, et la Mac\u00e9doine est partag\u00e9e entre la Serbie, la Gr\u00e8ce et la Bulgarie en 1913, tandis que le nord de l&#8217;Epire reviendra \u00e0 l&#8217;Albanie. Composante significative, regroup\u00e9e surtout dans les zones d&#8217;acc\u00e8s difficile, la population aroumaine ne constitue pas une majorit\u00e9, m\u00eame relative, dans aucune de ces r\u00e9gions historiques, et \u00e0 plus forte raison \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des Etats nationaux en formation. Elle ne peut pas tenter de jouer un r\u00f4le national \u00e0 part, en tout cas rien n&#8217;atteste chez eux l&#8217;existence d&#8217;un mouvement nationaliste comparable \u00e0 ceux qui s&#8217;affrontaient dans la r\u00e9gion en ce temps. M\u00eame si elle leur a permis, notamment sur le plan culturel, de sortir de leur isolement, l&#8217;assistance accord\u00e9e par l&#8217;Etat roumain \u00e0 partir de 1862 n&#8217;offrait pas aux Aroumains une perspective claire : ni politique (l&#8217;Etat roumain n&#8217;\u00e9tait pas limitrophe avec les r\u00e9gions o\u00f9 vivaient les Aroumains) ni linguistique (en promouvant la langue roumaine dans les \u00e9coles qu&#8217;il finan\u00e7ait, l&#8217;Etat roumain ne contribuait pas \u00e0 la consolidation de l&#8217;\u00e9l\u00e9ment aroumain local mais \u00e0 la roumanisation d&#8217;une partie des Aroumains, dont beaucoup \u00e9migreront ensuite en Roumanie).<\/p>\n<p>La situation de l&#8217;aroumain dans le nouveau bilinguisme \u00e9tait d&#8217;embl\u00e9e d\u00e9favorable, ses locuteurs ne b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;aucun statut juridique qui puisse leur permettre d&#8217;utiliser et de cultiver leur langue en dehors de la sph\u00e8re strictement priv\u00e9e. Les Aroumains ne sont pas reconnus comme minorit\u00e9 nationale dans les Etats o\u00f9 ils vivent et ne constituent nulle part une entit\u00e9 nationale \u00e0 part tandis que l&#8217;Etat roumain les soutient comme roumains et non pas comme aroumains. Leur langue n&#8217;est pas enseign\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, n&#8217;a pas de support \u00e9crit courant, est ignor\u00e9e par les instances administratives et consid\u00e9r\u00e9e d&#8217;ordinaire comme un obscur patois utilis\u00e9 par une population (des rustres bergers ou des habiles commer\u00e7ants) dont l&#8217;origine et l&#8217;appartenance ethnique ne sont pas moins obscures.<\/p>\n<p>Tout en perdant du terrain, l&#8217;aroumain se maintient pendant l&#8217;entre-deux-guerres. La situation deviendra plus critique apr\u00e8s la guerre. Le processus d&#8217;int\u00e9gration des Aroumains \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire (grecque, bulgare, mac\u00e9donienne ou serbe), continu depuis plus d&#8217;un si\u00e8cle, se g\u00e9n\u00e9ralise et se traduit de plus en plus par la perte de leur langue maternelle. Les structures traditionnelles, familiales et communautaires, surtout rurales, qui constituaient le vivier de cette langue se d\u00e9sagr\u00e8gent rapidement dans le contexte de la modernisation, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pendant les ann\u00e9es 60. L&#8217;absence de l&#8217;aroumain dans des institutions aussi omnipr\u00e9sentes et toutes-puissantes dans les soci\u00e9t\u00e9s de nos jours que l&#8217;\u00e9cole, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision conduit inexorablement \u00e0 sa disparition progressive. Le bilinguisme actuel de beaucoup des Aroumains parmi ceux, peu nombreux, qui ont pu conserver leur langue maternelle risque donc d&#8217;\u00eatre de courte dur\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>La gr\u00e9cit\u00e9 des Aroumains :  de la digression \u00e0 la diversion<\/p>\n<p>Si l&#8217;on consid\u00e8re la situation actuelle de la langue aroumaine en Gr\u00e8ce, o\u00f9 se trouve une bonne partie de ses locuteurs \u2013 entre 150.000 et 200.000, selon les estimations, puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas de statistiques, cit\u00e9es dans ce livre (p. 113) \u2013 les digressions quelque peu tortueuses d&#8217;Achille Lazarou sur la gr\u00e9cit\u00e9 bimill\u00e9naire des Aroumains apparaissent comme \u00e9tant moins paradoxales qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue. A plusieurs reprises, l&#8217;auteur signale certains aspects en rapport direct avec sa th\u00e8se sans avancer de r\u00e9ponse aux interrogations qu&#8217;ils suscitent. \u00abEn Gr\u00e8ce, l&#8217;aroumain et en g\u00e9n\u00e9ral la question de l&#8217;origine des Aroumains n&#8217;ont pas fait l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tudes scientifiques sp\u00e9ciales\u00bb (p. 12), note-t-il en d\u00e9plorant la \u00abpauvret\u00e9\u00bb de la bibliographie grecque sur ce th\u00e8me (p. 14-15) et en faisant l&#8217;\u00e9loge des rares exceptions. Pourquoi ? En grec les Aroumains sont d\u00e9sign\u00e9s, identifi\u00e9s, par toute une s\u00e9rie de compos\u00e9s \u00e0 partir du terme valaque qui ont couramment un sens \u00abd\u00e9pr\u00e9ciatif\u00bb, \u00abrailleur\u00bb, \u00abmoqueur\u00bb ou \u00abinjurieux\u00bb (p. 77-79). Pourquoi ? Le terme aroumain, utilis\u00e9 par les principaux concern\u00e9s et par les chercheurs qui les \u00e9tudient depuis plus d&#8217;un si\u00e8cle, n&#8217;a \u00e9t\u00e9 accr\u00e9dit\u00e9 dans certains cercles scientifiques grecs que r\u00e9cemment (p. 12). Pourquoi ? Parce que, et c&#8217;est la seule explication que le lecteur peut en d\u00e9duire, tant la population que bien des hommes de science, en Gr\u00e8ce, ignoraient l&#8217;origine grecque des Aroumains et leur appartenance continue \u00e0 la nation grecque. Dans ce cas, la contribution d&#8217;Achille Lazarou et de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs qu&#8217;il cite lorsqu&#8217;ils d\u00e9montrent \u00abscientifiquement\u00bb le caract\u00e8re hell\u00e8ne des anc\u00eatres des Aroumains ne peut avoir qu&#8217;un effet positif puisqu&#8217;elle peut donner un nouvel essor aux \u00e9tudes historiques, linguistiques ou ethnographiques sur les Aroumains en Gr\u00e8ce, puisqu&#8217;elle peut att\u00e9nuer \u00e0 la longue l&#8217;acception d\u00e9pr\u00e9ciative du terme valaque dans le langage de tous les jours et m\u00eame faire accr\u00e9diter une fois pour toutes le terme aroumain dans les milieux scientifiques. Les Grecs qui parlent l&#8217;aroumain ou qui proviennent de familles o\u00f9 on le parle, soucieux de ne pas passer pour des citoyens de deuxi\u00e8me ordre, comme ce fut le cas par le pass\u00e9, ne peuvent donc qu&#8217;\u00eatre sensibles \u00e0 l&#8217;argument scientifique accr\u00e9ditant leur origine purement grecque. Ils peuvent m\u00eame s&#8217;en sentir flatt\u00e9s, vu la mani\u00e8re peu am\u00e8ne dans laquelle sont pr\u00e9sent\u00e9s dans ce livre les anc\u00eatres (illyriens ou slaves) des populations non grecques qui vivent de nos jours dans les Balkans (en Gr\u00e8ce y compris).<\/p>\n<p>Cette r\u00e9habilitation tardive mais spectaculaire s&#8217;accompagne cependant d&#8217;une condition formelle : d&#8217;origine grecque, fid\u00e8les au long des si\u00e8cles \u00e0 la nation grecque, les Aroumains doivent revenir d\u00e9finitivement \u00e0 la langue de leurs p\u00e8res (d&#8217;il y a deux mille ans) et abandonner l&#8217;aroumain, qui n&#8217;est pas une langue \u00e0 proprement parler et entretient des situations confuses. \u00abAu cours de la lutte difficile contre le latin, le grec sortit finalement vainqueur, mais non indemne, comme en t\u00e9moigne les \u00eelots romano-vlachophones\u00bb (p. 56). Il est donc temps de corriger cette injustice : le message est clair. Achille Lazarou va d&#8217;ailleurs jusqu&#8217;\u00e0 justifier son int\u00e9r\u00eat scientifique pour l&#8217;aroumain, qui d\u00e9passe la simple probl\u00e9matique de cette \u00ablangue en disparition\u00bb (p. 153). Or la plupart des locuteurs de l&#8217;aroumain, y compris parmi ceux qui sont agr\u00e9ablement surpris par la place d&#8217;honneur qu&#8217;on leur propose dans l&#8217;histoire et la nation grecques, ne se font pas facilement \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;abandonner purement et simplement leur langue maternelle. A l&#8217;occasion de l&#8217;entr\u00e9e de la Gr\u00e8ce dans la CE, des groupes d&#8217;Aroumains \u00e9tablis en Occident ont initi\u00e9 des d\u00e9marches pour que l&#8217;aroumain soit reconnu en Gr\u00e8ce comme langue \u00e0 part et qu&#8217;on lui accorde, en conformit\u00e9 avec la l\u00e9gislation europ\u00e9enne, un certain nombre de droits et de moyens permettant son maintien. Jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;heure actuelle, il n&#8217;y a en Gr\u00e8ce ni cours d&#8217;aroumain \u00e0 quelque niveau scolaire que ce soit, ni publications ou \u00e9missions radiophoniques r\u00e9guli\u00e8res dans cette langue, alors que certains progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans ce domaine en Mac\u00e9doine ex-yougoslave, dont la nouvelle Constitution consigne l&#8217;existence des Aroumains (Vlassi) comme peuple cohabitant, et en Albanie postcommuniste. En revanche, la th\u00e8se sur la gr\u00e9cit\u00e9 des Aroumains a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;une audience politique et m\u00e9diatique inattendue. Un exemple r\u00e9cent : en juin 1994, un symposium scientifique, b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;une large participation, a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 dans la ville de Veria par les autorit\u00e9s municipales et des universitaires de Thessalonique. Le th\u00e8me de cette premi\u00e8re scientifique en Gr\u00e8ce ne laissait aucun doute : \u00abLes Valaques dans l&#8217;histoire de l&#8217;hell\u00e9nisme, pass\u00e9 et perspectives\u00bb. Les d\u00e9bats y furent passionn\u00e9s, mais la question de la disparition de l&#8217;aroumain n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 l&#8217;ordre du jour.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique de la gr\u00e9cit\u00e9 des Aroumains (qui rel\u00e8ve de l&#8217;ethnogen\u00e8se, discipline qui joue de nos jours un r\u00f4le pilote dans l&#8217;\u00e9laboration des versions les plus insolites des nationalismes \u00e0 l&#8217;est et au sud-est de l&#8217;Europe) a, en l&#8217;occurrence, une fonction de diversion assez limpide : d\u00e9tourner l&#8217;attention d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 sociolinguistique, \u00e0 savoir la disparition en cours de l&#8217;aroumain, et emp\u00eacher le d\u00e9bat qui pourrait s&#8217;en suivre. L&#8217;octroi d&#8217;un statut de langue r\u00e9gionale, la protection institutionnelle de la langue aroumaine par les Etats o\u00f9 elle est parl\u00e9e, pourraient constituer l&#8217;amorce d&#8217;une solution. Mais, dans le contexte des surench\u00e8res et des pressions nationalistes qui pr\u00e9valent dans les pays balkaniques, l&#8217;adoption et l&#8217;application d&#8217;une telle solution, qui n&#8217;est certes pas simple et exige des efforts consid\u00e9rables, est difficile \u00e0 concevoir. Les langues en danger de disparition font partie du patrimoine universel prot\u00e9g\u00e9 par l&#8217;ONU, l&#8217;Unesco et d&#8217;autres instances internationales. R\u00e9cemment, par exemple, en collaboration avec les autorit\u00e9s helv\u00e9tiques, l&#8217;Unesco a particip\u00e9 \u00e0 un programme de mise en place d&#8217;une langue standard rh\u00e9to-romane, afin de mettre un terme \u00e0 la disparit\u00e9 r\u00e9gionale qui nuisait \u00e0 l&#8217;usage \u00e9crit de cette langue [4]. La plupart des Etats pr\u00e9f\u00e8rent cependant les programmes internationaux de restauration des monuments architecturaux aux mesures portant sur la protection des minorit\u00e9s linguistiques&#8230; La marginalisation et l&#8217;\u00e9limination d\u00e9finitive de l&#8217;aroumain au nom de la gr\u00e9cit\u00e9 de ses locuteurs (qui pourront ainsi int\u00e9grer de plein pied leur nation d&#8217;origine) n&#8217;est qu&#8217;un aspect de l&#8217;enjeu de la th\u00e8se d\u00e9fendue par Achille Lazarou et du courant d&#8217;opinion qu&#8217;elle a occasionn\u00e9. L&#8217;autre aspect de l&#8217;enjeu d\u00e9passe les fronti\u00e8res de ce pays.<\/p>\n<p>Les Aroumains comme enjeu dans la crise en cours<\/p>\n<p>En traitant du bilinguisme des Aroumains, le principal axe de sa d\u00e9monstration, Achille Lazarou se r\u00e9f\u00e8re non seulement aux origines et \u00e0 l&#8217;histoire lointaine mais aussi au XXe si\u00e8cle lorsque \u00abl&#8217;influence grecque fut capable de p\u00e9n\u00e9trer plus profond\u00e9ment par des moyens plus importants [parmi les Aroumains]\u00bb (p. 101). Il s&#8217;abstient de pr\u00e9ciser que les autres Etats de la r\u00e9gion se sont donn\u00e9 des moyens similaires pour \u00e9tendre leur influence sur leur territoire national, autrement dit qu&#8217;au XXe si\u00e8cle la deuxi\u00e8me langue des Aroumains qui vivent en Mac\u00e9doine ex-yougoslave est le serbe ou le mac\u00e9donien tandis que celle de ceux qui habitent l&#8217;Albanie est l&#8217;albanais. Pas le grec. L&#8217;objet de son ouvrage, annonc\u00e9 dans l&#8217;introduction, est \u00abl&#8217;\u00e9tude de l&#8217;idiome propre aux valaquophones, les Valaques des r\u00e9gions grecques\u00bb (p. 9). Il ne pr\u00e9cise pas, de Gr\u00e8ce. Etant donn\u00e9 que les r\u00e9f\u00e9rences au nord de la Mac\u00e9doine (qui constitue aujourd&#8217;hui la r\u00e9publique du m\u00eame nom) et au nord de l&#8217;Epire (qui fait partie de l&#8217;Albanie) sont fr\u00e9quentes, on peut ais\u00e9ment conclure que l&#8217;auteur se r\u00e9f\u00e8re aussi aux Aroumains des r\u00e9gions d&#8217;influence grecque dans le pass\u00e9, qui appartiennent aujourd&#8217;hui \u00e0 d&#8217;autres Etats. Examin\u00e9e dans le contexte des pol\u00e9miques en cours entre la Gr\u00e8ce, d&#8217;une part, la Mac\u00e9doine (depuis sa proclamation comme r\u00e9publique ind\u00e9pendante) et l&#8217;Albanie (depuis la chute du communisme) de l&#8217;autre, la th\u00e8se sur l&#8217;origine grecque des Aroumains, connus dans tous ces pays sous le m\u00eame nom de Valaques, acquiert une fonction tr\u00e8s pr\u00e9cise. Le fait que le grec n&#8217;entre pas dans la composition du bilinguisme des Aroumains de Mac\u00e9doine et d&#8217;Albanie peut \u00eatre facilement attribu\u00e9, selon l&#8217;esprit sp\u00e9culatif adopt\u00e9 par l&#8217;auteur, aux \u00abaccidents\u00bb historiques occasionn\u00e9s par le trac\u00e9 des fronti\u00e8res au d\u00e9but du si\u00e8cle. Quand le gouvernement et la presse grecs parlent des 400.000 conationaux d&#8217;Albanie, alors que le r\u00e9gime de Tirana s&#8217;en tient au chiffre de 60.000 Grecs, ils incluent dans leurs calculs \u00e9galement les Aroumains. Quand la Gr\u00e8ce pol\u00e9mique avec le gouvernement de Skopje, elle ne manque pas d&#8217;\u00e9voquer le sort r\u00e9serv\u00e9 par le dernier aux Grecs de ce pays. Or il n&#8217;y a pas de minorit\u00e9 grecque en Mac\u00e9doine ex-yougoslave, tandis que les Aroumains, eux, ils sont pr\u00e9sents et, depuis quelques ann\u00e9es, actifs sur le plan culturel dans ce pays. Apparemment, c&#8217;est \u00e0 eux que la Gr\u00e8ce se r\u00e9f\u00e8re. A bien des \u00e9gards, nous assistons dans cette r\u00e9gion \u00e0 une r\u00e9activation des proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques ayant eu cours au d\u00e9but du si\u00e8cle. Pour ce qui est du \u00abparti grec\u00bb, la contribution d&#8217;Achille Lazarou, de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et de ses disciples vient enrichir son registre argumentatif. Dans les conflits qui ont marqu\u00e9 les derni\u00e8res d\u00e9cennies de r\u00e8gne ottoman dans les Balkans, les nationalistes grecs incluaient dans leurs statistiques les Aroumains en raison de leur appartenance \u00e0 l&#8217;Eglise grecque. D\u00e9sormais, ils peuvent s&#8217;en r\u00e9clamer \u00e0 cause de leur origine grecque. Les IXes Rencontres organis\u00e9es par les Associations valaques de Gr\u00e8ce en juin 1992 ont apport\u00e9 une \u00e9clatante cons\u00e9cration \u00e0 la th\u00e8se concernant la gr\u00e9cit\u00e9 des Aroumains et confirm\u00e9 le succ\u00e8s politique de la notion de Grecs valaquophones. \u00abTous les Valaques sont grecs, mais tous les Grecs ne sont pas valaques\u00bb, titrait le quotidien grec Mac\u00e9doine en rendant compte de ces rencontres qui marquaient une v\u00e9ritable entr\u00e9e dans la sc\u00e8ne politique et fantasmatique nationale des Grecs valaquophones. Rappelons que jusqu&#8217;\u00e0 cette date, les associations valaques (fond\u00e9es \u00e0 la veille de l&#8217;entr\u00e9e de la Gr\u00e8ce dans la CE) s&#8217;en tenaient plut\u00f4t \u00e0 l&#8217;organisation de spectacles de danses folkloriques [5], et que la question aroumaine n&#8217;\u00e9tait trait\u00e9e en public que tr\u00e8s rarement, de mani\u00e8re allusive et plut\u00f4t malveillante, en Gr\u00e8ce. Participaient \u00e9galement \u00e0 ce petit \u00e9v\u00e9nement insolite, plusieurs ministres du gouvernement de l&#8217;\u00e9poque, qui ont expos\u00e9 aux participants et \u00e0 la presse leur fiert\u00e9 d&#8217;\u00eatre d&#8217;origine valaque. Le discours d&#8217;inauguration des r\u00e9unions de Serres, prononc\u00e9 par un universitaire de Salonique, \u00e9tait consacr\u00e9 au \u00abr\u00f4le historique jou\u00e9 par les Grecs valaquophones en Mac\u00e9doine sup\u00e9rieure\u00bb (aujourd&#8217;hui R\u00e9publique de Mac\u00e9doine).<\/p>\n<p>L&#8217;exception aroumaine dans  la dynamique nationaliste balkanique<\/p>\n<p>En Gr\u00e8ce, le succ\u00e8s de cette nouvelle version \u00abethnog\u00e9n\u00e9tique\u00bb sur les Aroumains est certain, y compris parmi certains Aroumains, bien contents \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00e9chapper ainsi \u00e0 la suspicion voire aux griefs de leurs concitoyens que pouvait leur valoir l&#8217;\u00e9tranget\u00e9 de leurs origine et de leur parler. En revanche, la mobilisation effective du particularisme aroumain \u00e0 la faveur d&#8217;une cause nationale particuli\u00e8re, en l&#8217;occurrence grecque, est nettement plus probl\u00e9matique. Si nous laissons de c\u00f4t\u00e9 les sp\u00e9culations circulant sur le compte des Aroumains, et les mystifications flatteuses ou d\u00e9sobligeantes auxquelles elles donnent lieu, on peut faire deux observations. Primo, les Aroumains ont une conscience ethnolinguistique tr\u00e8s pr\u00e9cise : ils sont aroumains, et se disent tels parce qu&#8217;ils parlent l&#8217;aroumain, ce qui les diff\u00e9rencient \u00e0 leurs yeux des autres, qu&#8217;ils soient grecs ou albanais, slaves mac\u00e9doniens ou roumains, japonais ou esquimaux. Ce principe a \u00e9t\u00e9 clairement rappel\u00e9 par la linguiste Matilda Caragiu-Marioteanu, sp\u00e9cialiste de la question, dans plusieurs interventions r\u00e9centes. Secondo, la perte de leur langue, suite \u00e0 l&#8217;attraction ou aux pressions exerc\u00e9es sur eux par les soci\u00e9t\u00e9s majoritaires avec lesquels ils sont en contact ou les Etats nationaux o\u00f9 ils vivent, implique ipso facto la disparition de cette conscience sp\u00e9cifique comme telle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est attest\u00e9 par exemple par le fait que les personnes qui ont perdu la langue aroumaine font appel, pour indiquer leurs origines, au terme employ\u00e9 pour les d\u00e9signer par les soci\u00e9t\u00e9s auxquelles ils se sont assimil\u00e9s : valaque dans les Balkans, mac\u00e9donien en Roumanie. Outre la langue, ce qui diff\u00e9rencie les Aroumains de leurs voisins c&#8217;est le fait que, isol\u00e9s et peu nombreux, ils n&#8217;ont pas transform\u00e9 leur conscience ethnolinguistique en une conscience nationale impliquant notamment la revendication d&#8217;un Etat s\u00e9par\u00e9. Ceci d\u00e9terminera en grande mesure leur situation dans les Etats balkaniques modernes. Depuis leur constitution jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, ces Etats n&#8217;ont accord\u00e9 des droits sp\u00e9cifiques qu&#8217;aux communaut\u00e9s de langue (et de religion, comme c&#8217;est le cas des musulmans surtout) qui b\u00e9n\u00e9ficiaient du soutien des Etats o\u00f9 elles \u00e9taient constitu\u00e9es \u00e0 leur tour en nations majoritaires ou aux communaut\u00e9s qui pr\u00e9sentaient un int\u00e9r\u00eat particulier du point de vue de l&#8217;exercice du pouvoir d&#8217;Etat (cf. la situation des Slaves mac\u00e9doniens et des Slaves musulmans dans la Yougoslavie titiste). Qui plus est, dans le premier cas, l&#8217;efficacit\u00e9 du soutien d\u00e9pendait de la capacit\u00e9 des Etats concern\u00e9s d&#8217;imposer la protection de ses conationaux en situation de minorit\u00e9 dans les autres Etats : par la guerre, la diplomatie, les mesures de r\u00e9torsion, les \u00e9changes de population, etc. Les Aroumains, eux, ne constituaient nulle part la nation majoritaire d&#8217;un Etat, et le seul Etat qui a montr\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 leur \u00e9gard et leur a accord\u00e9 son appui fut la Roumanie, qui les consid\u00e9rait comme roumains. Cet appui cesse en 1913, \u00e0 la paix de Bucarest la Roumanie ayant obtenu le sud de la Dobroudja mais pas de garanties formelles pour le respect des droits des Aroumains dans les nouveaux Etats.<\/p>\n<p>Tant les Aroumains, d\u00e9sormais essaim\u00e9s dans plusieurs Etats, que les autres communaut\u00e9s nationales minoritaires ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;embl\u00e9e soumis aux pressions des autorit\u00e9s, visant leur assimilation, parfois dans des conditions humiliantes. Souvent abusif m\u00eame pour certaines minorit\u00e9s nationales (dont la conscience nationale n&#8217;\u00e9tait pas toujours fix\u00e9e au d\u00e9part), le terme de d\u00e9nationalisation, couramment utilis\u00e9 \u00e0 l&#8217;Est pour d\u00e9signer ce type d&#8217;assimilation, ne nous semble pas ad\u00e9quat pour les Aroumains. R\u00e9p\u00e9tons-le, ils n&#8217;ont pas affirm\u00e9 une conscience nationale propre [6]. Ceci ne veut pas dire qu&#8217;ils \u00e9taient moins attach\u00e9s \u00e0 leur conscience ethnolinguistique que leurs semblables \u00e0 leur conscience nationale (souvent de date r\u00e9cente), ni qu&#8217;ils ont moins souffert \u00e0 cause de la limitation, la d\u00e9formation ou la n\u00e9gation de leur conscience ethnolinguistique, ni que cette derni\u00e8re les a emp\u00each\u00e9s d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la conscience politique moderne. Bien au contraire, le fait que les Aroumains n&#8217;ont pas affirm\u00e9 de conscience nationale propre peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme le signe de l&#8217;existence d&#8217;une conscience politique moderne tr\u00e8s aigu\u00eb parmi ses \u00e9lites, qui \u00e9taient, par exemple, favorables, \u00e0 la veille de la d\u00e9sagr\u00e9gation d\u00e9finitive de l&#8217;Empire ottoman dans la r\u00e9gion, \u00e0 une solution de type f\u00e9d\u00e9ral pour la Mac\u00e9doine : la manifestation au grand jour d&#8217;un nationalisme aroumain, r\u00e9clamant un Etat propre, aurait pu entra\u00eener \u00e0 tout instant des massacres \u00e0 grande \u00e9chelle, l&#8217;exode massif, la soumission forc\u00e9e [7].<\/p>\n<p>Jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, la situation des Aroumains dans les nations et les Etats balkaniques est unique dans son genre pour deux raisons indissociables. D&#8217;une part, parce que leur conscience ethnolinguistique, non doubl\u00e9e d&#8217;une conscience nationale \u00e0 part, ne constituait pas un obstacle majeur, de leur point de vue, dans l&#8217;int\u00e9gration \u00e0 la vie sociale, \u00e9conomique, culturelle ou politique de ces nations. Cette int\u00e9gration a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t rapide et r\u00e9ussie (surtout en milieu urbain, puisque les villages aroumains se situaient dans les zones \u00e9conomiquement d\u00e9favoris\u00e9es, de surcro\u00eet marginalis\u00e9es dans la configuration \u00e9tatique postottomane) malgr\u00e9 les obstacles auxquels ils ont d\u00fb faire face du fait de leur non-appartenance aux nations majoritaires. D&#8217;autre part, l&#8217;int\u00e9gration n&#8217;impliquait gu\u00e8re chez les Aroumains l&#8217;abandon de leur langue (m\u00eame si elle allait entra\u00eener son d\u00e9clin) et n&#8217;interf\u00e9rait pas sur leur conscience ethnolinguistique qui marquait leur diff\u00e9rence par rapport aux autres. Pour eux, a priori, cette conscience ethnolinguistique n&#8217;\u00e9tait pas incompatible avec la conscience nationale de la population de l&#8217;Etat o\u00f9 ils vivaient. D&#8217;ailleurs, bien des Aroumains ont m\u00eame adh\u00e9r\u00e9 au nationalisme ambiant. Ceci ne les a pas emp\u00each\u00e9 de continuer \u00e0 parler leur langue et de conserver intacte la conscience de leur particularit\u00e9, pour eux d&#8217;ordre ethnolinguistique essentiellement, malgr\u00e9 le fait que la conscience nationale majoritaire avait comme point de d\u00e9part et comme r\u00e9f\u00e9rence privil\u00e9gi\u00e9e une conscience ethnolinguistique diff\u00e9rente. C&#8217;est la raison pour laquelle ils ont intrigu\u00e9 bien des leurs conationaux. En revanche, les Aroumains qui perdaient leur langue, perdaient automatiquement aussi leur conscience ethnolinguistique et adoptaient rapidement la conscience nationale majoritaire. Leur assimilation \u00e9tait d&#8217;autant plus ais\u00e9e qu&#8217;ils appartenaient (contrairement aux juifs, par exemple, auxquels ils \u00e9taient parfois associ\u00e9s) \u00e0 la religion majoritaire, orthodoxe, et qu&#8217;ils avaient en commun avec la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire de nombreuse r\u00e9f\u00e9rences historiques et culturelles. Par cons\u00e9quent, les Aroumains qui ont perdu d\u00e9finitivement leur langue maternelle sont tout aussi faciles ou difficiles \u00e0 mobiliser pour une cause nationale que les autres membres de la nation, tandis que pour les Aroumains qui ont conserv\u00e9 la langue, une telle mobilisation ne signifie pas l&#8217;abandon de leur conscience ethnolinguistique, donc la perte de leur sp\u00e9cificit\u00e9. En soi, le particularisme aroumain n&#8217;est pas r\u00e9cup\u00e9rable dans la perspective d&#8217;une cause nationale, telle que cette derni\u00e8re peut \u00eatre con\u00e7ue par ses partisans nationalistes. Pour ce qui est du nationalisme, majoritaire comme minoritaire, la position de Ernest Gellner, tr\u00e8s pertinente dans le contexte balkanique, m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre rappel\u00e9e. L&#8217;anthropologue britannique d\u00e9finit le nationalisme comme \u00abun principe politique qui affirme que l&#8217;unit\u00e9 politique et l&#8217;unit\u00e9 nationale doivent \u00eatre congruentes\u00bb, comme \u00abune th\u00e9orie de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique qui exige que les limites ethniques co\u00efncident avec les limites politiques\u00bb . Consid\u00e9r\u00e9s en termes de communaut\u00e9 distincte, les Aroumains constituent \u00e0 bien des \u00e9gards une exception dans le Sud-Est europ\u00e9en, r\u00e9gion domin\u00e9e pendant la p\u00e9riode moderne par des tensions et des affrontements ininterrompus entre forces et passions nationalistes tout aussi d\u00e9risoires en temps de paix que criminelles en temps de guerre.<\/p>\n<p>Hier plus roumains que les Roumains, aujourd&#8217;hui plus grecs que les Grecs?<\/p>\n<p>La perp\u00e9tuation, dans un contexte de plus en plus d\u00e9favorable, du particularisme aroumain, signifi\u00e9e par le maintien de la langue aroumaine, dont la disparition \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e d\u00e9j\u00e0 au d\u00e9but de ce si\u00e8cle comme imminente, a constitu\u00e9 une source permanente de pr\u00e9occupation pour les promoteurs et les garants de la conscience nationale dans les pays balkaniques. Per\u00e7ue comme une une conception infranationale, cette conscience ethnolinguistique aroumaine apparaissait soit comme un obstacle, soit comme un concurrent potentiel soit comme une force occulte hostile. La confusion \u00e9tait quelque peu entretenue \u00e9galement par le silence des Aroumains, ais\u00e9ment explicable par l&#8217;absence dans tous ces pays, ind\u00e9pendamment des r\u00e9gimes politiques qui s&#8217;y sont succ\u00e9d\u00e9 (monarchiste ou parlementaire, militaire ou fasciste, communistes stalinien ou autogestionnaire) d&#8217;un d\u00e9bat serein, ouvert et contradictoire sur la question nationale. Jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment, le discours national (officiel et officieux, acad\u00e9mique et gr\u00e9gaire) se contentait d&#8217;\u00abignorer\u00bb l&#8217;existence des Aroumains, la sp\u00e9cificit\u00e9 de leur histoire et de leur langue. Le livre d&#8217;Achille Lazarou et l&#8217;audience politique soudaine de la th\u00e8se sur la gr\u00e9cit\u00e9 de tous les Aroumains font figure de tournant plut\u00f4t surprenant, notamment dans un pays comme la Gr\u00e8ce. Afin d&#8217;\u00e9viter tout malentendu, il nous semble n\u00e9cessaire de rappeler que l&#8217;actuelle tentative grecque d&#8217;inclure les Aroumains dans le champ d&#8217;une nation et d&#8217;un nationalisme distinct a connu un pr\u00e9c\u00e9dent de taille et d&#8217;une ampleur encore plus grande \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier. Il s&#8217;agit de la position de la Roumanie qui, en vertu de la parent\u00e9 linguistique, revendiquait les Aroumains comme Roumains. Le r\u00e9sultat fut n\u00e9gatif, puisque cette tentative ne s&#8217;est traduite que par la roumanisation d&#8217;une petite partie des Aroumains, qui se sont ensuite install\u00e9s en Roumanie. Dans la perspective adopt\u00e9e ici, leur destin ne diff\u00e8re pas fondamentalement de celui des Aroumains qui sont rest\u00e9s dans leur pays d&#8217;origine. Comme ces derniers, ils ont conserv\u00e9 leur langue, en la transmettant quand c&#8217;\u00e9tait possible aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Ils y ont form\u00e9 une nouvelle communaut\u00e9 aroumaine, fort respectueuse de la nation majoritaire qui \u00e0 son tour lui a accord\u00e9 une place d&#8217;honneur en son sein. Certains membres de cette communaut\u00e9 se sont m\u00eame \u00abdistingu\u00e9s\u00bb dans les manifestations les plus extr\u00e9mistes des mouvements nationalistes se taillant la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre \u00abplus roumains que les Roumains\u00bb. Mais pas tout \u00e0 fait roumains, aux yeux des Roumains, faudrait-il ajouter pour \u00eatre pr\u00e9cis. En effet, leur attachement pour la nouvelle patrie, dont ils furent si longtemps \u00e9loign\u00e9s par les \u00abaccidents\u00bb de l&#8217;histoire, n&#8217;impliquait pas l&#8217;abandon de leur langue, ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&#8217;est pas pass\u00e9 inaper\u00e7u et qui intrigue jusqu&#8217;\u00e0 nos jours. Ils sont bilingues, comme en Gr\u00e8ce, Mac\u00e9doine ou Albanie, o\u00f9 continuent \u00e0 se trouver des branches de leurs familles, et la position de l&#8217;aroumain dans leur bilinguisme, comme dans celui de leurs semblables des Balkans, est de plus en plus pr\u00e9caire&#8230; En Gr\u00e8ce, les Aroumains sont en passe d&#8217;\u00eatre d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s \u00abplus grecs que les Grecs\u00bb. Cette nouvelle promotion ne saurait nous emp\u00eacher de conclure par un constat plus prosa\u00efque : au rythme o\u00f9 ils perdent leur langue, les Aroumains, comme tels, risquent de ne pas survivre \u00e0 l&#8217;an 2000.<\/p>\n<p>Nicolas Trifon<\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<p>[1] Ed. Institut for Balkan Studies, Thessalonique, 1986 (en fran\u00e7ais).<\/p>\n<p>[2] Cf. Michel Bruneau, \u00abL&#8217;hell\u00e9nisme, paradoxe ethnog\u00e9ographique de la longue dur\u00e9e\u00bb dans G\u00e9ographie et cultures, n\u00b0 2 (1992). Sur cette question, dans ses rapports avec l&#8217;actualit\u00e9, Georges Prevelakis \u00e9crit : \u00abL&#8217;interpr\u00e9tation nationaliste [en Gr\u00e8ce] a \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le mythe de la continuit\u00e9 de la race. Or la Gr\u00e8ce a fonctionn\u00e9 comme un creuset de populations balkaniques d&#8217;origines diff\u00e9rentes (albanaise, valaque, bulgare, etc.) assimil\u00e9es gr\u00e2ce au dynamisme de la culture grecque. Ce pass\u00e9 refoul\u00e9 de &#8220;non-gr\u00e9cit\u00e9&#8221; se r\u00e9veille comme une angoisse qui prend aujourd&#8217;hui la forme d&#8217;une hostilit\u00e9 envers les Mac\u00e9doniens.\u00bb (Nations et fronti\u00e8res dans la nouvelle Europe (\u00e9d. Eric Philippart), Complexe, 1993, p. 238.<\/p>\n<p>[3] Ceci ne les emp\u00eacha pas de conserver leur langue et de la cultiver, parfois en m\u00eame temps que le grec : le premier manuel cons\u00e9quent de grammaire aroumaine, paru \u00e0 Vienne en 1813, est r\u00e9dig\u00e9 en aroumain, grec et allemand.<\/p>\n<p>[4] Voir \u00e0 ce sujet Sprachstandardisierung (\u00e9d. Georges L\u00fcdi), Ed.  universitaires de Friebourg, 1994.<\/p>\n<p>[5] \u00abPourquoi ne voulez-vous pas comprendre, \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, que l&#8217;aroumain est le moyen d&#8217;expression orale des Aroumains qui, pour la communication \u00e9crite, utilisent le grec? Comment \u00e9crire dans une langue dont la grammaire et la syntaxe ne sont pas enseign\u00e9es sans courir le risque de se couvrir de ridicule et de provoquer la d\u00e9gradation de l&#8217;aroumain?\u00bb C&#8217;est dans ces termes que le journal Avdela, \u00e9dit\u00e9 par l&#8217;une des associations valaques de Gr\u00e8ce, r\u00e9pondait en 1986 \u00e0 un autre journal, paraissant en aroumain \u00e0 Friebourg, Zborlu a nostru, qui avait formul\u00e9 l&#8217;objection suivante : \u00abSi votre association d\u00e9clare d\u00e9fendre la cause aroumaine, pourquoi votre publication n&#8217;est-elle pas r\u00e9dig\u00e9e en aroumain?\u00bb L&#8217;auteur de l&#8217;article (non sign\u00e9) cit\u00e9 pr\u00e9cise d&#8217;embl\u00e9e : \u00abbeaucoup de gens ne sont pas d&#8217;accord avec ma r\u00e9ponse\u00bb. Les arguments qu&#8217;il y avance ne sont pas moins significatifs de la fa\u00e7on dont bien des responsables de ces associations se refusent de prendre une position nette sur la question de la survie de la langue aroumaine.<\/p>\n<p>[6] Il n\u2019existe pas dans la litt\u00e9rature de sp\u00e9cialit\u00e9 un consensus pour \u00e9tablir, a priori, la diff\u00e9rence entre l\u2019ethnie et la nation. Si nous suivons par exemple Walter Connor (cit\u00e9 par Dominique Schnapper, La Communaut\u00e9 des citoyens, Gallimard, 1994, p. 31), qui consid\u00e8re que la nation est une ethnie consciente d\u2019elle-m\u00eame, dont les membres sont conscients du caract\u00e8re unique du groupe qu\u2019ils constituent, alors les Aroumains seraient une nation plut\u00f4t qu\u2019une ethnie. En m\u00eame temps, parler de nation de nos jours pour une population qui n\u2019a pas d\u2019Etat (administration, enseignement, m\u00e9dias&#8230;) propre n\u2019a pas beaucoup de sens.<\/p>\n<p>[7] Le drame actuel des Musulmans de Bosnie (devenus \u00abnationalit\u00e9\u00bb par d\u00e9cret sous Tito en 1968) et la situation pr\u00e9caire de la R\u00e9publique de Mac\u00e9doine (proclam\u00e9e par Tito en 1945) mettent en \u00e9vidence un aspect de la r\u00e9alit\u00e9 balkanique auquel les Aroumains ont \u00e9t\u00e9 aussi confront\u00e9s il y a plus d\u2019un si\u00e8cle.<\/p>\n<p>[8] Nations et nationalisme, Payot, 1989, p. 11-12.<\/p>\n<p>BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE<\/p>\n<p>CARAGEANI, Gheorghe : \u00abGli aromeni e la questione aromena nei documenti dell&#8217;archivo storico diplomatico del Ministerio degli affari esteri italiano\u00bb, dans Storia contemporanea, a. XIII, n\u00b0 5 (1987), pp. 928-1007 et a. XXII, n\u00b0 4 (1990), pp. 633-662, Rome.<\/p>\n<p>COLLECTIF : Les Aroumains, Paris, 1990.<\/p>\n<p>CARAGIU-MARIOTEANU, Matilda : \u00abA propos de la latinit\u00e9 de l&#8217;aroumain\u00bb, dans Revue roumaine de linguistique, t. 33, n\u00b0 4, pp. 237-250, Bucarest, 1988.<\/p>\n<p>PAPAHAGI, Tache : Dictionarul dialectului arom\u00e2n : Dictionnaire aroumain  (mac\u00e9do-roumain), Bucarest, 1974.<\/p>\n<p>PEYFUSS, Max Demeter : Die aromunische Frage, Vienne 1974. TRIFON, Nicolas : Notes sur les<\/p>\n<p>Aroumains en Gr\u00e8ce, Mac\u00e9doine et Albanie, Paris, 1993.<\/p>\n<p>WINNIFRITH, T.J. : The Vlachs, the history of a Balkan people, Londres,  1987.<\/p>\n<p>Paris, 1995. P. 105-121. \u2013 \u00e9tude parue dans G\u00e9ographie et  culture n\u00b0 16<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Excellent connaisseur de la langue aroumaine et bien familiaris\u00e9 avec l&#8217;abondante bibliographie dans ce domaine, Achille Lazarou pr\u00e9sente dans son livre intitul\u00e9 L&#8217;Aroumain dans ses rapports avec le grec [1] toute une s\u00e9rie de mat\u00e9riaux et d&#8217;analyses \u00e0 propos de l&#8217;influence du grec sur l&#8217;aroumain. 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